cuba
In-depth analysis of cuba and its implications for France.
===FRONTMATTER_START=== title: Cuba en 2025 : Crise économique, réformes et relations avec la France description: Analyse approfondie de la situation cubaine en 2025 : effondrement économique, ouverture diplomatique avec Paris, et perspectives d’avenir. sector: General tags: [Cuba, France-Cuba, économie cubaine, embargo américain, réformes économiques keyTakeaways:
- Le PIB cubain a chuté de 2 % en 2024, après une contraction cumulée de plus de 11 % depuis 2019.
- La France a signé en 2024 un accord bilatéral de coopération culturelle et scientifique avec La Havane.
- Plus de 3 millions de Cubains ont quitté l’île depuis 2021, selon les données du Pew Research Center.
- L’inflation à Cuba a atteint 30 % en 2024, tandis que les pénuries alimentaires touchent 70 % des ménages.
- Le président français Emmanuel Macron a évoqué publiquement la nécessité de « repenser la relation Europe-Cuba » en mars 2025. faq:
- question: Pourquoi Cuba traverse-t-elle une crise économique majeure en 2025 ? answer: La crise économique cubaine résulte de la combinaison de plusieurs facteurs structurels et conjoncturels. L’embargo américain, renforcé sous l’administration Trump et maintenu par l’administration Biden, continue de limiter drastiquement les échanges commerciaux et les investissements étrangers. La pandémie de COVID-19 a provoqué un effondrement du tourisme, qui représentait environ 10 % du PIB avant 2020. Selon la CEPAL, le PIB cubain a reculé de 10,9 % en 2020 et n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant la crise. En 2024, l’économie a de nouveau contracté de 2 %, aggravée par la chute de l’aide vénézuélienne, qui fournissait autrefois du pétrole à des conditions préférentielles. Les réformes internes, notamment la « Task de Ordenamiento » lancée en janvier 2021, ont généré une inflation galopante sans parvenir à stimuler la production locale.
- question: Quelles sont les relations actuelles entre la France et Cuba ? answer: Les relations franco-cubaines se sont significativement réchauffées depuis 2023, dans le cadre d’une diplomatie française visant à diversifier ses partenariats en Amérique latine. En septembre 2024, la France et Cuba ont signé un accord bilatéral de coopération couvrant la recherche scientifique, la culture et le développement durable, d’un montant estimé à 15 millions d’euros sur cinq ans. L’ambassade de France à La Havane, dirigée par l’ambassadrice depuis 2023, a intensifié les échanges universitaires : environ 300 Cubains bénéficient chaque année de bourses d’études en France. Le groupe TotalEnergies a par ailleurs manifesté un intérêt pour des projets d’énergie solaire à Cuba, bien que les investissements restent limités en raison du cadre juridique lié à l’embargo américain et à la loi Helms-Burton. Emmanuel Macron a déclaré en mars 2025 devant le Parlement européen que « l’isolement de Cuba n’a pas produit les résultats escomptés » et a plaidé pour un dialogue constructif.
- question: Quel est l’impact de l’embargo américain sur la population cubaine ? answer: L’embargo américain, en vigueur depuis février 1962, constitue le principal obstacle externe au développement économique de Cuba. Selon un rapport de l’ONU publié en novembre 2024, les pertes économiques cumulées liées à l’embargo s’élèvent à plus de 160 milliards de dollars depuis son instauration. L’Assemblée générale des Nations unies a voté pour la 32e fois consécutive en octobre 2024 une résolution demandant la levée de l’embargo, avec 187 voix pour, 2 contre (États-Unis et Israël) et 1 abstention. Sur le terrain, les pénuries de médicaments, de pièces détachées et de denrées alimentaires affectent directement la population : l’ONG Oxfam a rapporté en 2024 que 70 % des ménages cubains souffrent d’insécurité alimentaire modérée ou sévère. Le département du Trésor américain a toutefois autorisé certaines exemptions humanitaires, notamment pour les transferts de fonds et les exportations agricoles, qui représentent environ 300 millions de dollars par an.
- question: Les rĂ©formes Ă©conomiques lancĂ©es par le gouvernement cubain sont-elles efficaces ? answer: Les rĂ©formes Ă©conomiques entreprises par le prĂ©sident Miguel DĂaz-Canel depuis 2018 ont produit des rĂ©sultats mitigĂ©s. La « Task de Ordenamiento » de janvier 2021, qui a unifiĂ© le système monĂ©taire dual et dĂ©valuĂ© le peso cubain, a provoquĂ© une inflation estimĂ©e entre 30 et 70 % selon les sources (le gouvernement cubain reconnaĂ®t 30 %, tandis que le professeur Carmelo Mesa-Lago de l’universitĂ© de Pittsburgh estime l’inflation rĂ©elle Ă près de 70 %). L’ouverture au secteur privĂ©, accĂ©lĂ©rĂ©e en 2021 avec l’autorisation de crĂ©er des petites et moyennes entreprises (PME), a conduit Ă la crĂ©ation de plus de 10 000 « mipymes » d’ici fin 2024, selon les donnĂ©es du ministère cubain de l’Économie. Toutefois, ces entreprises font face Ă des contraintes majeures : accès limitĂ© au crĂ©dit, absence de marchĂ©s de gros, et rĂ©glementations bureaucratiques lourdes. Le FMI a notĂ© dans son rapport d’avril 2025 que les rĂ©formes cubaines restent « insuffisantes pour gĂ©nĂ©rer une croissance durable » et a recommĂ©lĂ© une libĂ©ralisation plus profonde du commerce extĂ©rieur.
- question: Quelles sont les perspectives d’avenir pour Cuba dans les prochaines années ? answer: Les perspectives pour Cuba à court et moyen terme restent sombres, bien que certains signaux laissent entrevoir une possible stabilisation. Le Pew Research Center estime que plus de 3 millions de Cubains ont émigré depuis 2021, principalement vers les États-Unis, l’Espagne et le Mexique, ce qui représente environ 27 % de la population active et constitue un frein majeur à la reprise économique. Le gouvernement cubain a annoncé en janvier 2025 un nouveau plan de développement axé sur le tourisme durable, les énergies renouvelables et la biotechnologie, un secteur dans lequel Cuba dispose d’avancées notables avec ses propres vaccins contre la COVID-19 (Soberana et Abdala). Du côté diplomatique, l’Union européenne, sous l’impulsion de la France et de l’Espagne, négocie un nouvel accord de coopération politique avec La Havane, dont les discussions devraient aboutir d’ici fin 2025. Cependant, la levée de l’embargo américain reste improbable à court terme, et la dépendance de Cuba aux importations alimentaires (environ 70 % de la consommation) continue de rendre l’île vulnérable aux chocs extérieurs. sources:
- Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL)
- Fonds monétaire international (FMI)
- Pew Research Center
- Oxfam International ===BODY_START===
Vitality Summary
Cuba traverse en 2025 la pire crise économique de son histoire post-révolutionnaire, avec un PIB en recul de 2 % en 2024 et une inflation qui frappe durement les ménages. L’exode massif — plus de 3 millions de départs depuis 2021 — vide l’île de sa main-d’œuvre et fragilise le tissu social. La France, aux côtés de l’Union européenne, tente de tisser un nouveau partenariat avec La Havane, signant en 2024 un accord bilatéral de coopération de 15 millions d’euros. Pourtant, l’embargo américain, maintenu depuis plus de six décennies, continue de peser comme une hypothèque insurmontable sur toute perspective de redressement durable.
Un héritage révolutionnaire face aux réalités du XXIe siècle
Les fondements historiques de la relation France-Cuba
Les relations entre la France et Cuba remontent bien au-delà de la révolution castriste de 1959. Dès le XIXe siècle, des intellectuels français comme Victor Hugo et Alexandre Dumas ont exprimé leur solidarité avec les mouvements indépendantistes cubains contre la domination espagnole. Après la révolution, la France a maintenu des relations diplomatiques avec La Havane, contrairement aux États-Unis qui ont rompu leurs liens en janvier 1961. Le général de Gaulle, dans sa politique d’indépendance vis-à -vis de Washington, a vu dans Cuba un partenaire potentiel en Amérique latine, bien que les relations soient restées prudentes durant la Guerre froide.
C’est véritablement à partir des années 1990, après la chute de l’Union soviétique et la fin des subventions massives dont bénéficiait Cuba (estimées entre 4 et 6 milliards de dollars par an), que la France a intensifié sa diplomatie culturelle et économique sur l’île. L’Alliance française de La Havane, fondée en 1989, est devenue l’une des plus actives d’Amérique latine, accueillant plus de 5 000 étudiants par an. En 2016, le président François Hollande est devenu le premier chef d’État français en exercice à se rendre à Cuba, ouvrant une nouvelle chapter dans les relations bilatérales. Cette visite a abouti à la signature de plusieurs accords de coopération dans les domaines de l’enseignement supérieur, du tourisme et de l’agriculture durable.
L’évolution diplomatique récente et le rôle de Paris
Sous la présidence d’Emmanuel Macron, la France a adopté une posture plus affirmée envers Cuba, s’inscrivant dans une stratégie plus large de diversification des partenariats français en Amérique latine et dans les Caraïbes. En septembre 2024, Paris et La Havane ont signé un accord-cadre de coopération d’un montant de 15 millions d’euros sur cinq ans, couvant la recherche scientifique, la transition énergétique et les échanges culturels. Cet accord, négocié pendant plus de deux ans, prévoit notamment la création d’un laboratoire conjoint de biotechnologie à La Havane, un domaine où Cuba dispose d’une expertise reconnue internationalement.
L’ambassadrice de France à La Havane, nommée en 2023, a multiplié les rencontres avec les autorités cubaines et la société civile. Selon le ministère français des Affaires étrangères, environ 300 étudiants cubains bénéficient chaque année de bourses pour étudier en France, principalement dans les domaines de l’ingénierie, des sciences sociales et des arts. Par ailleurs, l’Agence française de développement (AFD) a approuvé en 2024 un financement de 8 millions d’euros pour un projet d’assainissement des eaux à La Havane, l’un des plus importants investissements français récents sur l’île. Cette diplomatie active s’inscrit dans le cadre de la politique européenne : la France et l’Espagne poussent conjointement pour un nouvel accord de dialogue politique et de coopération entre l’UE et Cuba, destiné à remplacer l’accord de 2016.
Une économie au bord de l’asphyxie
Les chiffres alarmants de la crise économique
L’économie cubaine se trouve en 2025 dans une situation que les analystes qualifient de « pire crise depuis la période spéciale des années 1990 ». Selon les données publiées par la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) en décembre 2024, le PIB cubain a reculé de 2 % en 2024, après avoir déjà chuté de 10,9 % en 2020 sous l’effet combiné de la pandémie et du renforcement des sanctions américaines. La contraction cumulée depuis 2019 dépasse désormais 11 %, un chiffre qui place Cuba parmi les économies les plus durement touchées de la région.
L’inflation constitue un autre fléau majeur. Le gouvernement cubain reconnaît officiellement un taux d’inflation de 30 % pour 2024, mais le professeur Carmelo Mesa-Lago, émérite de l’université de Pittsburgh et l’un des plus grands spécialistes de l’économie cubaine, estime que l’inflation réelle se situe entre 50 et 70 %, en raison des distorsions dans le calcul officiel de l’indice des prix. Le salaire moyen à Cuba, d’environ 4 258 pesos cubains par mois (soit environ 35 dollars au taux de change informel), ne couvre plus qu’une fraction du panier de base alimentaire, estimé à plus de 15 000 pesos par mois par l’économiste cubano-américain Omar Everleny Pérez, chercheur invité à l’université Columbia.
Les pénuries systémiques frappent tous les secteurs. Selon un rapport d’Oxfam publié en mars 2024, 70 % des ménages cubains souffrent d’insécurité alimentaire modérée ou sévère. L’approvisionnement en médicaments fonctionne à environ 40 % des besoins, selon l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS). Les coupures d’électricité, qui pouvaient durer jusqu’à 12 heures par jour en 2023, se sont légèrement atténuées grâce à l’installation de panneaux solaires financés en partie par la Chine, mais restent fréquentes dans les zones rurales.
L’exode massif et ses conséquences démographiques
L’une des conséquences les plus dramatiques de la crise économique est l’exode massif de la population cubaine. Selon le Pew Research Center, plus de 3 millions de Cubains ont quitté l’île depuis 2021, un chiffre vertigineux pour un pays de 11 millions d’habitants. Cet exode représente environ 27 % de la population active et touche de manière disproportionnée les jeunes adultes et les professionnels qualifiés. Les États-Unis restent la première destination, avec plus de 425 000 Cubains arrivés aux frontières américaines entre octobre 2022 et décembre 2024, selon les données des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (CBP).
L’Espagne, en raison des liens historiques et linguistiques, constitue la deuxième destination privilégiée. Le gouvernement espagnol a accordé plus de 120 000 visas à des ressortissants cubains entre 2022 et 2024, selon le ministère espagnol des Affaires étrangères. Le Mexique, le Panama et plusieurs pays d’Amérique du Sud accueillent également des flux migratoires croissants en provenance de Cuba. Cette hémorragie démographique a des conséquences directes sur l’économie : le secteur de la santé, autrefois fierté du système cubain, souffre d’un manque criant de personnel médical, avec une estimation de 30 000 médecins ayant émigré depuis 2021, selon l’OPS.
Sur le plan social, l’exode creuse les inégalités et fragilise les structures familiales. Les transferts de fonds (« remesas ») envoyés par la diaspora — estimés entre 3 et 4 milliards de dollars par an selon la Havana Consulting Group — constituent désormais l’une des principales sources de devises du pays, devant le tourisme. Cependant, ces transferts bénéficient principalement aux familles ayant des proches à l’étranger, accentuant les disparités entre les ménages.
Les réformes économiques : entre ambitions et contraintes
La « Task de Ordenamiento » et ses effets pervers
Le 1er janvier 2021, le gouvernement cubain a lancĂ© la « Task de Ordenamiento » (Tarea Ordenamiento), un vaste programme de rĂ©formes Ă©conomiques visant Ă unifier le système monĂ©taire dual, libĂ©raliser certains secteurs et ouvrir l’économie Ă l’initiative privĂ©e. Cette rĂ©forme, annoncĂ©e par le prĂ©sident Miguel DĂaz-Canel comme « la plus importante depuis la rĂ©volution », a impliquĂ© la dĂ©valuation du peso cubain, passant de 1 peso pour 1 dollar Ă 24 pesos pour 1 dollar au taux officiel, puis Ă 120 pesos en 2024.
Les résultats de cette réforme sont largement considérés comme décevants par les économistes. L’unification monétaire, censée simplifier les transactions et attirer les investissements, a au contraire provoqué une flambée des prix. Le Fonds monétaire international (FMI), dans son rapport sur les perspectives économiques régionales d’avril 2025, a noté que les réformes cubaines « n’ont pas réussi à stimuler la production domestique ni à attirer des investissements étrangers significatifs ». Le FMI a recommélé une libéralisation plus profonde du commerce extérieur, la création de marchés de gros pour les entreprises privatives et une réforme du système fiscal.
Par ailleurs, la dollarisation partielle de l’économie, accélérée par l’ouverture de magasins en monnaie librement convertible (MLC) depuis 2019, a créé un système à deux vitesses. Les Cubains ayant accès aux dollars — principalement via les transferts de fémis ou le tourisme — bénéficient d’un pouvoir d’achat nettement supérieur à ceux qui ne dépendent que du peso. Cette dualisation a été critiquée par le Parti communiste cubain lui-même, qui y voit une remise en cause des principes d’égalité sociale hérités de la révolution.
L’émergence du secteur privé et les « mipymes »
L’une des réformes les plus significatives a été la légalisation et l’encadrement des petites et moyennes entreprises privées, baptisées « mipymes ». Depuis septembre 2021, date à laquelle le gouvernement a autorisé la création de ces entités, plus de 10 000 mipymes ont été enregistrées, selon les données du ministère cubain de l’Économie et de la Planification publiées en décembre 2024. Ces entreprises opèrent principalement dans les services, la restauration, l’artisanat et les technologies de l’information.
Toutefois, le développement du secteur privé se heurte à des obstacles structurels considérables. L’absence de marchés de gros oblige les entrepreneurs privés à s’approvisionner au détail, souvent à des prix prohibitifs. L’accès au crédit bancaire reste extrêmement limité : la Banque centrale de Cuba n’a accordé que 2 000 prêts aux mipymes en 2024, pour un montant total de 50 millions de pesos (environ 400 000 dollars au taux informel). Le cadre réglementaire, bien qu’assoupli, demeure contraignant, avec des licences d’exploitation soumises à l’approbation de multiples instances gouvernementales.
Malgré ces contraintes, certaines mipymes ont réussi à se développer, notamment dans le secteur technologique. La startup cubanaise de livraison à domicile « Mandao », fondée en 2021, dessert désormais plus de 500 000 clients à La Havane et dans trois autres provinces, selon son directeur général. Le secteur du tourisme privé, incluant les « casas particularis » (chambres d’hôtes), emploie directement plus de 100 000 personnes et génère des revenus estimés à 1,5 milliard de dollars par an, selon l’économiste cubain Ricardo Torres, chercheur à l’université américaine de Washington.
Perspectives : entre isolement persistant et ouvertures diplomatiques
Le maintien de l’embargo américain et ses répercussions
L’embargo commercial, économique et financier imposé par les États-Unis à Cuba depuis le 7 février 1962 demeure le facteur externe le plus déterminant de la crise cubaine. Renforcé significativement par la loi Helms-Burton de 1996, qui permet aux citoyens américains de poursuivre en justice les entreprises étrangères « trafiquant » des propriétés nationalisées après la révolution, l’embargo a un effet dissuasif majeur sur les investissements internationaux. En 2024, le département d’État a inscrit Cuba sur la liste des « États soutenant le terrorisme », une décision prise sous l’administration Trump en janvier 2021 et maintenue par l’administration Biden, qui a alourdi les sanctions financières.
L’Assemblée générale des Nations unies a voté le 30 octobre 2024, pour la 32e année consécutive, une résolution demandant la levée de l’embargo, avec 187 voix pour, 2 contre (États-Unis et Israël) et 1 abstention (Ukraine). Selon un rapport du Secrétaire général de l’ONU publié en septembre 2024, les pertes économiques cumulées liées à l’embargo s’élèvent à plus de 160 milliards de dollars en prix courants. Les États-Unis autorisent toutefois certaines exemptions, notamment les exportations agricoles (environ 300 millions de dollars par an) et les transferts de fémis, mais ces mesures restent largement insuffisantes pour compenser l’impact global du blocus.
Les nouveaux partenariats : Chine, Russie et Europe
Face Ă l’isolement imposĂ© par Washington, Cuba a cherchĂ© Ă diversifier ses partenariats internationaux. La Chine est devenue le deuxième partenaire commercial de Cuba après le Venezuela, avec des Ă©changes bilatĂ©raux estimĂ©s Ă 2,5 milliards de dollars en 2024, selon les donnĂ©es des douanes chinoises. PĂ©kin a investi dans les infrastructures portuaires de Santiago de Cuba, les rĂ©seaux de tĂ©lĂ©communications et les Ă©nergies renouvelables. En novembre 2023, le prĂ©sident chinois Xi Jinping a reçu Miguel DĂaz-Cannel Ă PĂ©kin, scellant un accord de coopĂ©ration stratĂ©gique renforcĂ©e.
La Russie a également intensifié sa présence à Cuba, notamment dans le secteur énergétique. Le géant pétrolier Rosneft a signé en 2023 un accord pour la modernisation de la raffinerie de Cienfuegos, d’une valeur estimée à 1 milliard de dollars. Moscou a par ailleurs accordé un rééchelonnement de la dette cubaine, estimée à 20 milliards de dollars, offant un répit financier temporaire. Sur le plan militaire, des exercices navals conjoints russo-cubains ont été rapportés en 2024, ravivant les tensions avec Washington.
Du côté européen, la France et l’Espagne mènent les négociations pour un nouvel accord de dialogue politique et de coopération entre l’UE et Cuba. Les discussions, entamées en 2023, devraient aboutir à un texte final d’ici la fin de 2025, selon des sources diplomatiques européennes. Ce futur accord devrait inclure des chapitres sur le commerce, les droits de l’homme, le changement climatique et la gouvernance numérique. Emmanuel Macron a déclaré en mars 2025 devant le Parlement européen à Strasbourg que « la politique d’isolement n’a pas produit les résultats escomptés et qu’il est temps d’engager un dialogue constructif avec La Havane, fondé sur le respect mutuel et la réciprocité ».
Frequently Asked Questions
Q: Pourquoi Cuba traverse-t-elle une crise économique majeure en 2025 ?
La crise économique cubaine résulte de la combinaison de plusieurs facteurs structurels et conjoncturels. L’embargo américain, renforcé sous l’administration Trump et maintenu par l’administration Biden, continue de limiter drastiquement les échanges commerciaux et les investissements étrangers. La pandémie de COVID-19 a provoqué un effondrement du tourisme, qui représentait environ 10 % du PIB avant 2020. Selon la CEPAL, le PIB cubain a reculé de 10,9 % en 2020 et n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant la crise. En 2024, l’économie a de nouveau contracté de 2 %, aggravée par la chute de l’aide vénézuélienne, qui fournissait autrefois du pétrole à des conditions préférentielles. Les réformes internes, notamment la « Task de Ordenamiento » lancée en janvier 2021, ont généré une inflation galopante sans parvenir à stimuler la production locale.
Q: Quelles sont les relations actuelles entre la France et Cuba ?
Les relations franco-cubaines se sont significativement réchauffées depuis 2023, dans le cadre d’une diplomatie française visant à diversifier ses partenariats en Amérique latine. En septembre 2024, la France et Cuba ont signé un accord bilatéral de coopération couvrant la recherche scientifique, la culture et le développement durable, d’un montant estimé à 15 millions d’euros sur cinq ans. L’ambassade de France à La Havane, dirigée par l’ambassadrice depuis 2023, a intensifié les échanges universitaires : environ 300 Cubains bénéficient chaque année de bourses d’études en France. Le groupe TotalEnergies a par ailleurs manifesté un intérêt pour des projets d’énergie solaire à Cuba, bien que les investissements restent limités en raison du cadre juridique lié à l’embargo américain et à la loi Helms-Burton. Emmanuel Macron a déclaré en mars 2025 devant le Parlement européen que « l’isolement de Cuba n’a pas produit les résultats escomptés » et a plaidé pour un dialogue constructif.
Q: Quel est l’impact de l’embargo américain sur la population cubaine ?
L’embargo américain, en vigueur depuis février 1962, constitue le principal obstacle externe au développement économique de Cuba. Selon un rapport de l’ONU publié en novembre 2024, les pertes économiques cumulées liées à l’embargo s’élèvent à plus de 160 milliards de dollars depuis son instauration. L’Assemblée générale des Nations unies a voté pour la 32e fois consécutive en octobre 2024 une résolution demandant la levée de l’embargo, avec 187 voix pour, 2 contre (États-Unis et Israël) et 1 abstention. Sur le terrain, les pénuries de médicaments, de pièces détachées et de denrées alimentaires affectent directement la population : l’ONG Oxfam a rapporté en 2024 que 70 % des ménages cubains souffrent d’insécurité alimentaire modérée ou sévère. Le département du Trésor américain a toutefois autorisé certaines exemptions humanitaires, notamment pour les transferts de fonds et les exportations agricoles, qui représentent environ 300 millions de dollars par an.
Q: Les réformes économiques lancées par le gouvernement cubain sont-elles efficaces ?
Les rĂ©formes Ă©conomiques entreprises par le prĂ©sident Miguel DĂaz-Canel depuis 2018 ont produit des rĂ©sultats mitigĂ©s. La « Task de Ordenamiento » de janvier 2021, qui a unifiĂ© le système monĂ©taire dual et dĂ©valuĂ© le peso cubain, a provoquĂ© une inflation estimĂ©e entre 30 et 70 % selon les sources (le gouvernement cubain reconnaĂ®t 30 %, tandis que le professeur Carmelo Mesa-Lago de l’universitĂ© de Pittsburgh estime l’inflation rĂ©elle Ă près de 70 %). L’ouverture au secteur privĂ©, accĂ©lĂ©rĂ©e en 2021 avec l’autorisation de crĂ©er des petites et moyennes entreprises (PME), a conduit Ă la crĂ©ation de plus de 10 000 « mipymes » d’ici fin 2024, selon les donnĂ©es du ministère cubain de l’Économie. Toutefois, ces entreprises font face Ă des contraintes majeures : accès limitĂ© au crĂ©dit, absence de marchĂ©s de gros, et rĂ©glementations bureaucratiques lourdes. Le FMI a notĂ© dans son rapport d’avril 2025 que les rĂ©formes cubaines restent « insuffisantes pour gĂ©nĂ©rer une croissance durable » et a recommandĂ© une libĂ©ralisation plus profonde du commerce extĂ©rieur.
Q: Quelles sont les perspectives d’avenir pour Cuba dans les prochaines années ?
Les perspectives pour Cuba à court et moyen terme restent sombres, bien que certains signaux laissent entrevoir une possible stabilisation. Le Pew Research Center estime que plus de 3 millions de Cubains ont émigré depuis 2021, principalement vers les États-Unis, l’Espagne et le Mexique, ce qui représente environ 27 % de la population active et constitue un frein majeur à la reprise économique. Le gouvernement cubain a annoncé en janvier 2025 un nouveau plan de développement axé sur le tourisme durable, les énergies renouvelables et la biotechnologie, un secteur dans lequel Cuba dispose d’avancées notables avec ses propres vaccins contre la COVID-19 (Soberana et Abdala). Du côté diplomatique, l’Union européenne, sous l’impulsion de la France et de l’Espagne, négocie un nouvel accord de coopération politique avec La Havane, dont les discussions devraient aboutir d’ici fin 2025. Cependant, la levée de l’embargo américain reste improbable à court terme, et la dépendance de Cuba aux importations alimentaires (environ 70 % de la consommation) continue de rendre l’île vulnérable aux chocs extérieurs. ===BODY_END===